
Chapitre VI, Les siens
Sa famille, l’exil
Derrière le chef, un mari et un père, et, après lui, le long combat d’une veuve et de ses enfants pour la vérité.







L'exil d'une famille
Après la mort de son mari, Viviane (Semia) a tenté de rester en Tunisie. Le gouvernement de l'époque lui a demandé de changer de nom ; elle a catégoriquement refusé, pour ne pas renier Lazhar Chraïti. Les conditions de vie demeuraient insupportables. Sous l'emprise de la peur, les commerçants ne lui vendaient plus rien. Mais chaque mois, un homme courageux de Gafsa, Abdelaziz, lui apportait un couffin de nourriture, pour elle et ses enfants.
Veuve à vingt-cinq ans, avec cinq enfants, les biens de son mari saisis, sans ressources : elle dut se résoudre à quitter la Tunisie.
Une villa à Ezz-Zahra, une ferme à Medjez El-Bab : tout fut saisi. Arrivée en Suisse, les difficultés n'ont pas cessé. Vivant d'abord grâce au soutien d'associations caritatives, sous la menace d'une mise sous tutelle des enfants par l'État, elle les plaça dans différents pensionnats durant dix ans. Coupés de leur famille et de leur patrie, les enfants ont vite perdu l'usage de l'arabe.
À la sortie de l'adolescence, ils décidèrent d'entreprendre des démarches afin de réhabiliter leur père et d'établir la vérité sur les circonstances de son décès. À l'arrivée de Ben Ali, naissait un grand espoir ; mais les promesses de changement se transformèrent en cauchemar, promesses creuses, l'administration continuant de traiter la famille Chraïti en paria, comme au temps de Bourguiba. Malgré des demandes incessantes, malgré la persévérance de la famille, aucune réhabilitation ; les biens ne seront pas rendus.
Tout au long de ces années, l'aide et les interventions de Me Mokhtar Namouchi, comme représentant de la famille, et son soutien indéfectible, ont toujours conforté la famille Chraïti dans son espoir de rétablir un jour la mémoire de feu Lazhar Chraïti.