Lazhar ChraïtiBiographie, 1919-1963
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Chapitre IV, 1961

La bataille de Bizerte

Cinq ans après l’indépendance, quatre-vingt-dix heures de combats pour le dernier bastion militaire français en Tunisie.

19-21 juillet 1961Bizerte

Cinq ans après son accession à l'indépendance, les échanges commerciaux de la Tunisie sont essentiellement orientés vers la France. Plus de soixante mille Français, agriculteurs, commerçants et techniciens, y vivent en bonne intelligence avec les Tunisiens. Une ombre au tableau, cependant : l'affaire de Sakiet Sidi Youssef.

Le 7 février 1958, l'aviation française bombarde le camp de l'Armée de libération nationale algérienne situé en Tunisie, à quelques kilomètres de l'Algérie. Suite à cet incident, le président Bourguiba rappelle son ambassadeur à Paris et réclame l'évacuation totale de la Tunisie par l'armée française, notamment la base navale de Bizerte. Le 27 février, Bourguiba rencontre pour la première fois le général de Gaulle et pose la question de Bizerte.

Lazhar Chraïti aux abords de la frontière tunisienne.
Lazhar Chraïti aide le FLN depuis la frontière tunisienne.

Le pétrole et le désert

Après le référendum du 8 janvier 1961, les Français se sont prononcés pour que les Algériens disposent de leur sort. Bourguiba, dont l'ambition dépasse la dimension de son pays, entend conserver le leadership du monde arabe. Son objectif est de procurer à son pays certains agrandissements du côté de ses confins sahariens, avant que ce désert, qui n'a jamais appartenu à personne, ne devienne propriété de l'Algérie. C'est le pétrole qui soulève cette convoitise : des sources abondantes gisent à proximité de la Tunisie, dans les régions d'Hassi-Messaoud et d'Edjeleh.

Le général de Gaulle rétorque : « Pour nous, Français, le développement de nos recherches et l'exploitation du pétrole saharien sera demain un élément capital de la coopération avec les Algériens. Pourquoi irions-nous d'avance la compromettre en livrant à d'autres un sol qui peut revenir à l'Algérie ? […] Rien ne justifie que nous consentions à démembrer le territoire. »

Le diplomate Masmoudi, qui accompagne Bourguiba, est pessimiste. Si la France a pris la Tunisie, c'est pour avoir Bizerte. En 1880, Bizerte n'était qu'un petit port de pêche ; c'est en 1882 que la France commença à aménager son lac en base navale, qui joua un rôle primordial dans les deux guerres mondiales.

Un coup d'éclat

Pour redorer son blason vis-à-vis des révolutionnaires algériens et du monde arabe, Bourguiba doit se lancer dans un coup d'éclat. La base de Bizerte, dernier préside français en territoire tunisien, va constituer un cheval de bataille, quel qu'en soit le prix à payer pour son peuple. Vers la mi-juin 1961, Bourguiba en exige soudainement l'évacuation.

Le général de Gaulle, qui s'apprête à mettre fin à plus d'un siècle de présence française en Afrique du Nord, n'est pas disposé à céder Bizerte dans un contexte international où la tension entre l'URSS et l'Occident est à son paroxysme.

Durant près de 90 heures, une bataille d'une violence inouïe opposera les militaires français aux troupes tunisiennes.

Pilotes de chasse, parachutistes et soldats de toutes les armes combattront côte à côte. Du 19 au 21 juillet 1961, l'Aéronautique navale de Karouba effectue environ 150 sorties aériennes.

« Nous allons être capables de pulvériser Bizerte et Moscou »

En avril 1963, Alain Peyrefitte se risque à poser la question qui brûle les lèvres des Français :

Q

Était-ce la peine de traiter si durement les Tunisiens en 1961, si c'était pour abandonner Bizerte si vite ?

R

J'ai toujours dit que nous ne resterions pas à Bizerte. Par malheur, Bourguiba a attaqué un beau jour pour apparaître comme ayant arraché par la force ce que nous nous apprêtions à accepter de nous-mêmes. Nous commençons à disposer d'engins nucléaires. Nous allons être capables de pulvériser Bizerte et Moscou à la fois.

Le 15 octobre 1963, le capitaine d'artillerie Louis Muller amène le pavillon français, mettant fin à quatre-vingt-deux ans de présence militaire française à Bizerte.

Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, Éditions de Fallois / Fayard, 1994., Extrait de La Bataille de Bizerte, Patrick-Charles Renaud, éditions L'Harmattan.